Texte proposé par Thierry Marmet.

« L’ordre des médecins »de David  Roux, 2017.

Premier long métrage pour David Roux,  inspiré par son expérience familiale. Cela se sent, le film est réaliste, le sujet le touche.

Simon est un pneumologue reconnu.  Il fait preuve d’une présence maitrisée pleine d’humanité avec ses patients, notamment avec une jeune patiente qui meurt de mucoviscidose en regardant des séries. Mais voilà que sa mère est admise pour une récidive de cancer dans un autre service de l’hôpital où il exerce. Il vit l’épreuve de l’impuissance et son corollaire : la souffrance. Dans son désir  de tout faire pour sauver, à n’importe quel prix cet être aimé, il en arrive à questionner les lois de son Ordre.

Quelque peu  autobiographique, ce premier film investit un décor déjà largement représenté par le cinéma et les séries : l’hôpital. Il y a une part de documentaire dans cette fiction  pour nous donner à voir ce lieu où tout commence et tout finit. Nous échappons au lieu commun des rythmes trépidants, avec suspense, bips d’urgence et brancards fous .David Roux se démarque de cette vision réductrice. Son hôpital ressemble tantôt à celui qu’il nous arrive à tous de fréquenter, lieu des temps morts et des heures d’attente, tantôt à un espace mental, entre fantasme et fantastique. Ainsi ces superbes scènes dans les sous-sols où le jeune médecin et son collègue infirmier se terrent, pour oublier, avec un joint, leur impuissance.

La reconstitution du quotidien d’une équipe médicale  et son vécu émotionnel  est juste. On peut regretter le découpage anecdotique qui peut égarer le spectateur et lui faire perdre de vue le thème central : la mort d’un proche et l’incapacité à l’aider. Le titre du film à cet égard  est trompeur. Le scenario se termine d’une manière précipitée après avoir fait monter la tension et fait durer une intrigue dont la finalité est prévisible. L’épilogue  évite que le film se termine sur une note négative pour le héros qui s’avère avant tout un fils.

La photographie est très bonne en donnant un aspect sombre pendant les scènes en intérieur ou pendant que le personnage va mal, mais toujours coloré dans les scènes en extérieur ou pendant que le personnage va  bien.

Entouré de seconds rôles forts, de la sœur (Maud Wyler) à l’interne (Zita Hanrot), en passant par la mère (Marthe Keller), Jérémie Renier trouve là l’un de ses plus beaux rôles.

Ce film donne matière à réfléchir sur l’un des aspects redoutables de la pratique soignante : l’épreuve de l’impuissance. Que faire quand on ne sait plus quoi faire ou quoi dire. Voilà que nous devons être là à pâtir avec le patient et il est loin d’être évident de  trouver du sens dans la seule sollicitude de l’ « être là », prérequis de la médecine palliative. Nous sommes, en tant que soignants, prisonnier de la dictature de l’agir aux risques de la toute puissance et du paternalisme. Les soins aux personnes en fin de vie ne vont pas de soi. Lorsque ces soins concernent un proche et à fortiori, une mère, il est des plus délicat d’affronter la tension éthique entre être le fils et être le médecin. L’Ordre des médecins nous conseille en l’occurrence de rester le fils et d’accepter que le médecin soit un tiers. Il est dur de respecter des décisions qui par essence seront entachées d’une altérité difficile à supporter. Ce film offre la possibilité d’un tel débat que nous vous invitons à partager.