Dans ses « Editoriaux » l’ERE Occitanie expose des questions d’éthique d’actualité dans les domaines de la Vie et de la Santé.

Parfois ils sont remplacés par des « Opinions libres » n’engageant que leur auteur.

Sous le titre « Mise au point » l’ERE Occitanie propose de considérer ces sujets à partir de domaines de réflexions spécifiques dans un objectif pédagogique.


Pandémie COVID19

Remise en question de nos repères éthiques en santé

Mobilisation des Espaces ce Réflexion Éthique Régionaux

Soudaine, gigantesque et dramatique, la crise sanitaire mondiale imposée par l’éclosion d’un nouveau virus confronte le système de santé à l’urgence d’une maladie méconnue. La gravité et la rapidité de propagation de l’épidémie sont venues ébranler les repères classiques de la réflexion éthique en santé et le Comité Consultatif National d’Éthique a demandé aux espaces de Réflexion Éthique Régionaux de constituer dans chaque territoire une « Cellule éthique de soutien » pour accompagner les professionnels engagés dans des difficultés inédites.

I. Soudaine remise en question de nos repères éthiques en santé :

Certains enjeux éthiques deviennent prioritaires au regard du respect de nos valeurs fondamentales : L’information des personnes – La juste répartition des ressources de santé – La prise en compte du contexte 

– Information

L’information n’a pu sensibiliser le public qu’a posteriori sur la question prioritaire de l’intérêt collectif face à la pandémie et le rôle joué par chaque individu dans cet objectif. Il n’y était pas préparé.
L’information non anticipée sur des restrictions éventuelles d’accès aux ressources de santé, préventives ou thérapeutiques, imposées par la pandémie a été donnée par les médias sous la forme d’une menace immanente, fantasmée autant par le public que par les professionnels.
L’enjeu actuel est la réassurance du public, la transparence des informations dans un climat d’urgence, de sévérité, et d’incertitude médicale et scientifique. Une information la plus transparente et explicite possible est la condition du maintien de la confiance de la société, indispensable à une gestion optimale de la crise sanitaire.

– Juste répartition des ressources de santé

La juste répartition des ressources de santé répondant aux principes d’équité et de proportionnalité des soins est éclairée par les données de médecine fondées sur les preuves à partir des études médicales de suivi de patients et l’élaboration de modèles mathématiques. L’objectif répond aux approches utilitaristes privilégiant le plus grand bien pour le plus grand nombre. Les options thérapeutiques peuvent être ainsi orientées en santé.

– Le contexte de pandémie

Donne à la question du juste accès aux ressources un caractère particulièrement aigu et tragique. Si les possibilités d’accès à l’hospitalisation et aux ressources d’assistance respiratoire se restreignent avec la progression des cas graves, les questions d’exclusion de patients par manque de lits, de respirateurs ou de personnels comme les questions de limitation et d’arrêt des soins actifs de réanimation sont posées aux praticiens. La décision des professionnels s’appuie sur les critères pronostiques et les modèles mathématiques issus d’expériences analogues mettant en péril la dimension éthique des approches au cas par cas. Le soutien et l’accompagnement d’une cellule éthique, au service des professionnels en charge des patients sur le terrain, peut alors apporter une analyse distanciée de chaque cas individuel en contrepoint de l’impératif collectif.

Des repères éthiques classiques se présentent sous un angle nouveau, comme la question de l’Altérité devenue plurielle, la reconnaissance de vulnérabilités méconnues dans le faux confort de l’ignorance des inégalités sociales ou le silence de structures de soin invisibles jusqu’ici, et la mise en retrait de la liberté individuelle devant l’enjeu collectif, conduisant même à l’acceptation d’une distanciation sociale au nom de la solidarité humaine face au danger commun.
La réflexion éthique doit s’organiser pour retrouver ses lignes raisonnables au service de l’humain dans cet ébranlement de ses repères en santé.

II. Mobilisation des Espaces de Réflexion Éthique Régionaux

Tous les espaces de réflexion éthique régionaux ont répondu à l’appel du CCNE pour Constituer
Des « Cellules de soutien éthique » en lien avec les ARS, en concertation entre les différents territoires, le CCNE et le ministère de la santé et de la solidarité.
L’objectif d’intervention est clair et délimité :

  • « Soutenir les équipes cliniques » en action sur le terrain
    En mettant à leur disposition une « cellule éthique d’accompagnement et de soutien » composée d’un groupe de réflexion éthique pluridisciplinaire qu’ils pourront solliciter à tout moment pour exprimer leur questionnement face aux enjeux éthiques professionnels et humains soulevés par cette crise sanitaire exceptionnelle.
  • Le service rendu aux professionnels du terrain sera déterminé par leurs questions et l’expression de leurs difficultés, retraduites en réflexion collégiale pour retrouver avec eux les repères éthiques éclairant et explicitant les décisions difficiles.
  • Le soutien visera l’accompagnement des professionnels confrontés à des situations particulièrement difficiles et des choix contraints, et exposés au risque d’une souffrance par perte de sens de l’acte.

Les expériences partagées par l’ensemble des ERER ouvrent une réflexion éthique large sur les enjeux éthiques soulevés par la pandémie actuelle. Leurs échanges permettront d’envisager une éthique d’amont (avant la situation urgente actuelle) et une éthique d’aval (leçons à tirer-remontées d’information- à partager avec DGOS, ARS, CCNE, « décideurs publics » au sens large).

Au final, la mission des ERER est d’Informer, Accompagner, Faire lien, et plus tard, d’engager le public dans une information accessible sur la répartition des ressources de santé.
Le public est capable de comprendre les contraintes de gestion et de répartition des ressources de santé dans une éducation sociétale anticipée.